Troisième partie
Que faire des anciens sites d'extractions


Les problèmes ne s'arrêtent pas à la fin de l'exploitation des sites d'extraction de granulats alluvionnaires. En effet, il se pose la question de savoir ce qu'on va faire de ces sites. Au cours des trente dernières années, on a ainsi assisté à une évolution des mentalités dans ce domaine, ainsi que de la législation. On est passé d'une vision plutôt paysagère ou minimaliste, sans réel moyen, c'est à dire un comblement avec des matériaux parfois suspects ou dangereux pour éliminer les traces de l'extraction ou un site qui est parfois laissé à l'abandon ou utilisé pour la pêche, à une volonté actuelle de protection de la nature, de la biodiversité et de l'environnement.

Cette évolution dans la réhabilitation des gravières se situe bien dans la montée actuelle des préoccupations environnementales en France. Les conséquences que de telles extractions génèrent, n'intéressaient, il y a une trentaine d'années que quelques écologistes et les riverains, mais tout cela a changé. Il est désormais obligatoire de prévoir dès le dépôt du dossier de demande d'ouverture d'un site d'extraction, les coûts et le financement de sa réhabilitation.
On verra d'abord une cartographie des gravières et des aménagements le long de la Loire. Il existe actuellement plusieurs possibilités aux sociétés d'extraction lors de la fin de leur autorisation. Il faut alors se demander si les anciennes gravières ne sont pas encore une source de problèmes ce qui est aussi valable pour celles qui ne sont plus exploitées depuis longtemps. Mais aussi si elles ne sont pas une réelle chance de redonner au milieu une diversité qu'il a perdu à cause des aménagements humains ou une chance de créer une zone de loisir aussi bien pour les pêcheurs que pour les sportifs et les baigneurs.


3.1 Cartographie des gravières et des différents aménagements

Comme nous allons le voir avec l'aide des différentes photographies, des trois cartes qui suivent et de leurs légendes, il existe de nombreuses gravières et de nombreux aménagements le long de la Loire dans la zone entre Balbigny au Nord et l'écopôle du Forez au Sud. Il est vrai que par la nature même de la plaine du Forez, elle est un lieu propice à une forte implantation humaine aussi bien agricole (champs surtout et prairie d'élevage bovin) qu'urbaine (Feurs, Veauche/Andrézieux-Bouthéon).

Il en a donc découlé une présence assez importante de différents aménagements, comme les levées de terre que l'on rencontre encore actuellement et qui sont assez anciennes. Tout cela était et est rendu nécessaire par la forte irrégularité du cours de la Loire. Cela créait des zones assez humides, voire marécageuses, dont les hommes ont très vite compris les possibilités agricoles une fois le terrain asséché et drainé. Mais, il en résulte aussi des potentialités en granulats du fait des dépôts alluvionnaires.

La Loire est un fleuve dont les crues ont toujours été très violentes et très brutales notamment dans la plaine du Forez comme le montre le très imposant poteau en bois de l'écopôle où il est représenté les hauteurs atteintes par celui-ci lors des plus violentes crues et particulièrement celle de 1846. Il est dès lors apparu la nécessité de se protéger des crues qui attaquaient et dévastaient les terres agricoles très riches gagnées sur le fleuve et que l'on appelle souvent des " chambons ".

En effet, alors qu'avant 1850 peu d'aménagements de protection massifs avaient été réalisés le long de son cours si ce n'est la digue de Pinay en 1711 dans les gorges de la Loire (elle avait une longueur de 80 mètres avec un parement amont de 13 mètres, un parement aval de 8 mètres au-dessus de l'eau et le pertuis ménageait une ouverture de 13 mètres) qui fut détruite pour permettre la construction du barrage de Villerest. Des syndicats se sont formés à partir de cette date, comme à Nervieux, à Feurs et dans les autres communes comme on le voit très bien dans Paysages et Milieux naturels de la plaine du Forez (ouvrage collectif, 1984). Il fut alors décidé de créer des levées de terre le long de la Loire qui furent terminées en 1853. On en retrouve encore aujourd'hui la trace dans de nombreuses zones de la plaine du Forez comme on le voit sur les trois cartes et sur les photographies qui suivent.



On s'aperçoit donc avec ces deux photographies que ces levées de terre sont encore en bon état et qu'elles sont entretenues car les champs qui sont ainsi protégés des crues de la Loire sont parmi les plus riches de la plaine du Forez. En effet, on y cultive notamment du maïs avec l'aide de l'irrigation. Mais on y voit aussi que celle-ci s'arrête à la limite de commune avec Cleppé, car elles étaient le fait des communes les plus riches.

Pour ce qui est des gravières, on en rencontre un très grand nombre dans toute la plaine du Forez (comme on les voit bien sur les trois cartes qui suivent). Dans certains endroits comme dans la zone de Feurs, elles sont en quasi-continuité sur plusieurs kilomètres. Il faut en distinguer plusieurs types, d'abord celles qui sont encore en cours d'exploitation comme les gravières SBEGHEN sur la commune de Feurs qui se trouvent le long de la Loire et qui nécessite souvent des ouvrages de protection (digues empierrées, talus en terre). Mais, on a aussi l'exploitation de l'entreprise Morillon Corvol de Chambéon qui est située à plus d'un kilomètre de la Loire. Cela a été possible grâce aux dépôts lors des crues les plus violentes ou grâce à la présence d'anciens lits. Et ensuite, on a les gravières dont l'exploitation s'est arrêtée, les trous d'exploitation ayant été soient rebouchés par des gravats et de la terre, soient encore en eau. Dans ce dernier cas, la plupart des gravières encore en eau sont utilisées par les pêcheurs et certaines sont même gérées par la Fédération Départementale de pêche, d'autres sont tout bonnement laissées plus ou moins à l'abandon.

L'écopôle du Forez est à mettre à part puisque que c'est une zone protégée pour les animaux et surtout les oiseaux migrateurs (la plaine du Forez se trouvant sur une des principales voies d'hivernage pour les oiseaux). Elle appartient à la FRAPNA (Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature), qui a petit à petit racheté les terrains. De nombreux aménagements y ont été réalisés pour permettre à la richesse écologique de se développer.

Les quatre cartes qui suivent, ainsi que la légende et le commentaire détaillé des chiffres, permettent de mieux situer les différentes zones concernées par ce que je viens de dire précédemment. On voit aussi les différents lieux qui sont concernés par l'exploitation actuelle ou pas de gravières ainsi que leurs états.





Légende des trois précédentes cartes :

  • 1. Bras mort de la Loire, il est fermé en aval et est très apprécié des pêcheurs pour son calme relatif, on appelle ces zones dans la plaine du Forez des gourds ou gours suivant les endroits où on se trouve. Comme on le voit sur la photo, le niveau de l'eau est assez important et on a une végétation très importante. Il y a aussi des arbres morts qui tombent dans l'eau et qui permettent une meilleure biodiversité.


  • 2. Buttes de terre plus ou moins empierrées avec une haie d'arbres et d'une hauteur d'environ 4 à 5 mètres, permettant la protection des champs de maïs ou de céréales qui se trouvent juste derrière et qui sont à seulement quelques mètres au-dessus du niveau de la loire.


  • 3. Même chose que pour le 2. mais avec un empierrement plus important.

  • 4. Anciennes gravières dont l'exploitation s'est arrêtée depuis plusieurs années. Les deux qui se trouvent le plus à l'Ouest, ont été petit à petit rebouché avec différents déchets à base de matériaux de constructions (gravats par exemple) ou de la terre. L'autre est toujours en eau et appartient au conseil général de la Loire qui en laisse la gestion à la fédération de pêche et de protection des milieux aquatiques, des aménagements y ont été réalisés comme une tranchée de communication avec la Loire.

  • 5. Buttes de protection de plusieurs mètres de hauteur (celle-ci diminue au fur et à mesure qu'on s'éloigne de son centre) avec un chemin sur son sommet qui mène au centre ville de Balbigny (on l'aperçoit en fond d'image). Elle permet la défense des chambons qu'on voit encore en labour sur la gauche de la photographie 21, qui se trouve à l'intérieur de ce méandre de la Loire, néanmoins plusieurs crues sont passées outre et de nombreuses personnes pensent qu'à terme celui-ci sera coupé par la Loire.


  • Mais cette butte n'empêche pas lors de certaines crues, l'eau d'envahir les chambons qui sont à peine au-dessus du niveau de la Loire car la levée voit sa hauteur diminuer progressivement en s'éloignant du milieu de celle-ci, comme on s'en aperçoit sur la photographie ci-dessous, l'eau étant passée par le haut.


  • 6. Surélévation sous forme de buttes de la route départementale 1 que l'on voit sur la photographie 20 et sur celle juste en dessous, pour lui permettre de ne pas être atteinte par les crues de la Loire. Sur cette photographie, on devine très nettement le pont de Balbigny, la route qui part sur la gauche et le commencement de la levée de terre en plein centre et qui s'étire vers la droite.


  • 7. La rive droite de la Loire est marquée par la présence d'une forte pente qui a permis au village de Balbigny de s'installer sur cette zone à près de 10 mètres au-dessus du niveau de l'eau et d'être à l'abri de la plupart des crues.

  • 8. Une partie du lit mineur de la Loire est envahie par de la végétation et surtout par des arbres ce qui forme une zone assez humide et très sombre, assez propice à une diversification du milieu et donc à la présence d'un plus grand nombre d'espèces animales et végétales, notamment des grenouilles ou des insectes.

  • 9 et 14. Grâce aux limites des communes, on peut deviner l'existence d'anciens lits et méandres de la Loire qui ont donc eu par la même occasion une durée de vie assez longue puisqu'ils ont servi de base aux tracés des communes. C'est le cas des lieux dits des " Chambons " appartenant à la commune de Mizérieux et de " l'Ile " sur la commune de Cleppé qui se retrouvent tous les deux isolés par rapport à ces deux villages.
  • Ces zones présentes une topographie assez chaotique causée aussi bien par la nature même de celles-ci que par les aménagements faits par les hommes (petites buttes de protection …), et la Loire y a un tracé marqué par l'existence de nombreux îlots recouverts de végétation qui sont visibles sur la photographie 24. On y rencontre des fermes et c'est l'élevage bovin en prairie qui est dominant comme le montre la photographie ci-dessous provenant du lieu-dit les Chambons. Bien entendu, ces zones ont rapidement intéressé des sociétés et les gravières s'y sont multipliées.


  • 10, 11 et 12. Gravières dont l'exploitation est arrêtée ou en voie de l'être (12.).
  • Le numéro 11. a été réaménagé par l'association " la Gaule Forézienne de Saint Etienne ", des concours y sont régulièrement réalisés malgré la mauvaise qualité de l'eau générale (ammoniaque, phosphate et matières organiques). Actuellement des problèmes existent avec la digue qui sépare le plan d'eau de la Loire car elle nécessite très rapidement une consolidation du fait de son effondrement partielle.

  • Le numéro12., plus au Sud au lieu dit le Moulin Sugny quant à lui, intéresse aussi la Fédération de pêche de la Loire et des négociations seraient en cours. Le numéro 11. appartient à la SODAG qui a en donné la concession de chasse et de pêche à la société de chasse des Chambons, un remblayage assez grossier et chaotique a été réalisé pour protéger les plans d'eau des crues de la Loire.

  • 13. Zone aménagée par la commune d'Epercieux-St-Paul en aire de pique-nique et de promenades cependant, elle semble avoir peu de succès à cause de son relatif isolement.

  • 15, 16 et 17. Gravières en cours d'exploitation par les sociétés Thomas, Naulin et SBEGHEN, pour ce qui est de la dernière au lieu dit La Motasse, un nouveau plan d'eau a été créé au Nord et le plan d'eau à l'Est a été comblé par rapport à la carte IGN et elle est en cours de fin d'exploitation.

  • Les gravières du numéro 15. au lieu dit L'Ile, sont protégées de la Loire par une digue en enrochement au titre du " protocole Loire ". Pour ce qui est du numéro 16. au lieu dit le Montal, le plan d'eau le plus au nord a été partiellement comblé par des matériaux parfois douteux et est séparé de la Loire par une digue en remblais.

  • 18. Zone où le cours de la Loire est très perturbé par la présence de gravières, il a du mal à se fixer et on retrouve donc la présence de végétation dans le lit, ce qui forme une multitude de petites zones d'écoulement. Et de plus, on a des affleurements de marne.

  • 19, 20, 23, 24, 26, 28 et 31. Gravières qui ne sont plus exploitées, et dont certaines ont été rebouchées et d'autres sont utilisées pour la pêche. Elles ont toutes une réelle potentialité récréative et de loisir à cause de leur positionnement en zone urbaine, mais pour l'instant pas grand chose n'est fait pour y parvenir (sauf bien entendu la pose de bancs et de tables pour le pique-nique), et cela même si la plupart ont été réhabilitées après la fin de leur exploitation.

  • Le numéro 23. est situé sur un bras mort de la Loire : le gourd de Randan, il se compose de nombreuses petites gravières plus ou moins proprement réaménagées, mais les berges de Loire ont été sans doute remblayées ce qui leur donne un aspect chaotique.

  • Dans sa continuité, on trouve le gourd Nantais (n° 26), qui correspond à d'anciennes gravières dont le plan d'eau le plus au nord a été rebouché, séparées de la Loire par une digue haute et qui forment avec le gourd Randan un site de nidification intéressant. De plus, ce secteur a été recalibré dans les années 80, ce qui n'a pas empêché la création d'une île en cours de végétalisation.

  • Le numéro 20., le Fonds Fenouillet a vu un de ces plans d'eau comblés (celui le situé le plus à l'Ouest) et les autres ont une qualité des eaux assez médiocre et sont assez eutrophisés avec notamment la présence d'algues.

  • Le bec du Lignon (n° 19.), à quant à lui vu son site d'extraction comblé par des déchets de la fonderie de Feurs (arrêté préfectoral numéro 16315 du1/2/1988), au Nord, on a des anciennes gravières qui ont été remblayées avec des matériaux suspects et au Sud on a des remblais hauts en sable de fonderie sans presque aucune végétation.

  • Au lieu Petite Motte (n° 24.), les anciennes gravières ont été capturées par la Loire formant une zone assez intéressante d'un point de vue écologique. En effet, on a eu la création d'une île et d'un bras secondaire qui forment autant de sites privilégiés pour la nidification des oiseaux. Les gravières les plus récentes ont été réaménagées avec des pentes de berges variées et des hauts fonds, des bancs ont été installés et ce site a un réel potentiel de loisir, même s'il existe un risque de capture par la Loire.

  • 21. Cours actuel du ruisseau Alliot, de nombreux écrits et témoignages provenant des archives départementales (cahiers de doléances) attestent que lors de violentes crues, la Loire a dû y installer temporairement son lit. De plus, le cours de la Loire a constamment divagué entre son lit actuel et l'Alliot.

  • 22. " Barrage " de Feurs, il est de faible hauteur et la retenue d'eau est peu importante mais, il est utilisé pour relever ponctuellement le niveau de la nappe phréatique de cette zone de captage d'eau.

  • 25 et 27. Gravières en exploitation par les sociétés SBEGHEN et Thomas. Le numéro 27. est situé au Sud d'un bras mort de la Loire : le Gourd Nantais et près de la confluence du Garollet, les gravières assez anciennes et plus en exploitation qui se trouvent en aval, sont en communication avec la Loire. La gravière en amont est en cours d'exploitation et est protégée de la Loire par une digue haute.

  • 29. Gravière en cours d'exploitation par la société Morillon Corvol, ce qui la différencie des autres s'est qu'elle ne se trouve pas directement à proximité de la Loire et elle représente ce que va devenir en théorie, l'exploitation des granulats alluvionnaires.

  • 30. Ecopôle du Forez et ses différents aménagements. On a en plus, l'île de Moriaud qui est assez intéressante d'un point de vu écologique car elle est boisée et est entourée de bras secondaires, qui forme avec le gourd sur la rive gauche et avec l'écopôle un site très important de nidification.

  • Le secteur au Nord de l'écopôle, entre les lieux dits de Villeneuve et de la Grande Motte, est une zone ou la Loire coule sur des affleurements d'argiles vertes. Ils se présentent sous la forme de petits seuils de 0,20 à 0,40 mètre de hauteur, correspondant à un banc stratigraphique, ils évoluent constamment. De même, en amont de l'écopôle, on a sur plusieurs kilomètres des affleurements généralisés des formations tertiaires : argiles vertes et affleurements gréseux, avec une érosion qui dépasse 0,50 mètre par endroits.

  • Si on fait un bilan de toutes les zones où des extractions ont lieu ou ont eu lieu on obtient la figure 25 ci dessous.



    3.2 Les problèmes qui restent après la fin de l'extraction

    Avant le vote et l'application des lois relatives à la protection de l'environnement qui a abouti à une législation beaucoup plus stricte pour l'extraction des granulats alluvionnaires, les sociétés exploitantes n'étaient pas obligées de réhabiliter le site après sa fermeture. On a donc assisté la plupart du temps à un comblement du site ou à un abandon pur et simple de celui-ci. Actuellement, le comblement des anciennes gravières est encore autorisé mais il est normalement très surveillé et doit se dérouler suivant dans des limites fixées à l'avance et dans le respect de l'environnement et notamment de la nappe phréatique.

    3.2.1 Le comblement avant avec les problèmes des décharges

    Il y a encore quelques années, lorsque les gravières n'étaient plus exploitées deux solutions se présentaient aux sociétés qui les avaient exploitées. La première était tout simplement de ne rien faire et de laisser le cas échéant le nouveau propriétaire, s'il y en avait un, réaliser ce qu'il voulait. Et la deuxième, qui avait pour l'avantage pour elles de faire disparaître les fosses d'extraction à moindre coût, était de laisser combler ces dernières par des matériaux et des déchets des sociétés de BTP, les mêmes qui achetaient leurs granulats alluvionnaires. Et même parfois, c'étaient de véritables décharges pour les ordures ménagères, plus ou moins autorisées, qui voyaient le jour. Il est vrai qu'on avait une immense fosse à combler d'une part et d'autre part, il fallait trouver des sites où mettre ces déchets. Une fois le site recouvert de terre, les gens devaient penser qu'on ne verrait plus rien.

    Pendant longtemps, certaines gravières situées en bordure des zones urbaines on été un peu considérées comme des décharges pour un certain nombre de professionnels de la construction qui y déversaient tous leurs déchets sans prendre en considération les dangers que cela pouvait entraîner sur le milieu naturel. Il existe en effet, plusieurs exemples dans la plaine du Forez de site d'extraction qui ont subi ce sort comme on le voit sur la figure 12 (page 33) avec la cartographie de l'état des gravières dans le Nord de la plaine du Forez.

    Il y a par exemple la décharge de Meylieu à Montrond-les-Bains et le cas du bec du Lignon à Feurs. Ce dernier est un ancien site de gravières qui a ensuite servi au stockage des déchets de la fonderie de Feurs et cela grâce à l'arrêté préfectoral numéro 16315 du 1er février 1988. On a ainsi au Sud de la zone un remblai assez haut de sable de fonderie qui a beaucoup de mal à se revégétaliser en surface. Au Nord, les anciennes gravières ont été souvent remblayées par des matériaux suspects et tout cela donne au lieu une topographie chaotique. En bordure de Loire, les matériaux remblayés sont quasiment affleurants en haut de berge. Ils sont donc potentiellement érodables, tandis qu'en bas les pieds de berges paraissent plus stables.

    Le plus souvent se sont des surplus ou des déchets apportés par les artisans et les sociétés du bâtiment, comme des gravats ou du béton, qui ont servi lors du comblement des fosses d'extraction. Ainsi, alors qu'avant la nappe alluviale s'écoulait normalement dans des granulats alluvionnaires composés de sables et de graviers et donc perméables, elle rencontre désormais un obstacle qui est parfois infranchissable. En effet les matériaux utilisés pour le comblement n'ont pas du tout la même nature que les granulats. Ils sont en général assez massifs et imperméables, surtout si le compactage est important. La nappe voit donc en général sont niveau s'élever en amont et s'abaisser en aval (figure 26).


    Parfois lorsque la taille de la fosse est importante et qu'elle est située près du cours d'eau les échanges entre la nappe et ce dernier sont très perturbés, les écarts d'écoulement de la rivière pouvant ainsi beaucoup moins être atténués par la nappe.
    L'épaisseur de terre qu'on mettait, il y a encore quelques années, était très faible par rapport à celle de la couche de terre qu'il y avait auparavant. Cela ne permettait guère à une végétation très variée (photographie 25) et abondante de se développer par rapport aux zones agricoles assez riches qui les entourent souvent. Mais, on a pendant longtemps pensé que le paysage n'était de ce fait pas dénaturé par la présence d'un plan d'eau non-naturel et qu'on laissait en quelque sorte le site comme il était avant.

    Mais, il est évident quand on voit les différents cas dans la plaine du forez, notamment sur cette photographie à Balbigny que les impacts sur le paysage existe toujours. On peut tout de suite s'imaginer où était la fosse d'extraction car la végétation ne pousse que difficilement. De plus, les agriculteurs ne s'y trompent pas car ils ne plantent rien dessus en raison de la pauvreté de la terre qui y a été mise. Alors que les champs qui l'entourent, eux sont cultivés, en raison de leur richesse, on est, il est vrai, dans ce qu'on appelle des chambons.


    Il est vrai que la terre qui était décapée en surface était généralement revendue aux professionnels du bâtiment pour les terrassements ou à des particuliers pour améliorer leur jardin. Comme on va le voir tout de suite cette terre doit être actuellement stockée pour permettre si c'est le cas, d'avoir une couche équivalente de terre lors des travaux de comblements autorisés. Il suffit ainsi d'aller dans certaines gravières au bord de la Loire pour se procurer de la terre de très bonne qualité.
    De plus on note de graves disfonctionnements (figure 23) du cours de la Loire lorsque celle-ci passe entre le bec du Lignon et les gravières en exploitation (dont une a été comblée) en face. On a un écoulement très perturbé : on remarque la présence de nombreux îlots végétalisés en plein milieu de l'eau et une tranche d'eau moins importante.

    3.2.2 Le remblayage actuel

    Les comblements des anciennes fosses existent encore aujourd'hui mais il est réglementé. C'est pourquoi on va prendre l'exemple du site des gravières de la société Morillon Corvol à Chambéon pour présenter de tel cas.

    Ce site est déjà un site intéressant car il est situé assez loin de la Loire en application de la nouvelle réglementation en matière d'extraction de granulats alluvionnaires, il est aussi dans cette mouvance en ce qui concerne le comblement des fosses d'extraction.
    Sur l'ensemble de la zone d'extraction autorisée, plusieurs plans d'eau existent et la plupart d'entre eux vont ou sont en cours de comblement (photographie 26).


    Cette exploitation de Chambéon ne se fait pas comme il était fait auparavant où la plupart des déchets du bâtiment étaient acceptés. Il y a un cahier des charges assez précis qui délimite les matériaux qui sont acceptés et ceux qui ne le sont pas.

    Les matériaux inertes qui sont acceptés :

  • les produits de terrassements
  • le béton
  • les briques et les tuiles
  • les pierres
  • les enrobés
  • la céramique, les carrelages
  • les pavés
  • le verre

  • Ne sont pas acceptés :

  • les déchets industriels banals : le bois, le plastique, le papier, le carton, le polystyrène, la laine de verre, la laine de roche, les fûts métalliques et plastiques, les pots de décapant, de peinture, de crépis et de vernis, les pneus et les câbles
  • les résidus urbains : les déchets verts (tonte, élagage) et les déchets de voirie (balayage, poubelles)
  • les matériaux et les ferrailles diverses : les appareils ménagers, les sanitaires en émail, le mobilier métallique, les tôles de voiture, les pots d'échappement, la tuyauterie diverse et la fonte
  • les déchets toxiques en quantité disperse : les batteries, les décapants, les bouteilles de gaz et les aérosols …

  • Cette liste peut faire froid dans le dos quand on voit qu'il faut bien indiquer que des matériaux toxiques comme les batteries sont interdites de dépôt. Ce qui veut peut être dire qu'avant dans d'autres sites, on pouvait, ou certains prenaient le droit, de les déposer. On remarque aussi que la plupart des déchets que l'on peut nommer gravats sont encore autorisés mais pas le bois ou les produits de l'élagage qui sont pourtant des produits " naturels " et biodégradables, ce qui n'est pas le cas des bétons et des céramiques que l'on retrouvera pendant sans doute des siècles. Ces matériaux même si comme on l'a vu auparavant, ont un impact sur la nappe d'eau, ne sont quant même pas trop gênant. On est ici a plus d'un kilomètre du cours de la Loire, et cette distance suffit pour retrouver un écoulement normal. Mais, cela dépend aussi des produits concernés et de leur durée de vie en leur état.

    Les matériaux autorisés sont déchargés au fond des anciennes fosses d'extraction, ils sont étalés puis compactés. Lorsque l'épaisseur atteint plusieurs mètres, on arrête d'apporter de ces matériaux. C'est alors qu'on va apporter la terre qui a été stockée en prévision de cela. Avec celle-ci on recouvre la totalité des matériaux d'une couche d'environ un mètre, ce qui correspond à peu près à ce qu'il y avait avant.

    Ce remblayage se fait en fonction des objectifs et des conditions de réhabilitation définis dès la demande d'ouverture du site. Ainsi, sur les 80 hectares du site de Chambéon, la moitié sera réhabilitée en zone agricole, le quart en zone de pompage de l'eau pour l'irrigation et pour l'arrosage des terres agricoles et le quart restant en zone de loisirs comme on le verra ensuite.

    3.2.3 Les anciennes gravières laissées quasiment à l'abandon

    Il n'y a que quelques années que la réglementation plus stricte en matière de protection de la nature a été appliquée, en particulier le volet qui obligeait les sociétés exploitantes de gravières de prévoir dès la demande d'ouverture, la réhabilitation du site. Avant, une fois l'extraction terminée, ces sociétés pouvaient quasiment faire ce qu'elles voulaient des anciens sites de leurs exploitations. Il arrivait ainsi, que des sites soient laissés à l'abandon pendant des années. Les installations et les bâtiments qui avaient été construits restaient le plus souvent en place et il arrive encore aujourd'hui de trouver des sites où des fûts suspects sont en train de se désagréger et où les anciennes trieuses peuvent menacer de s'écrouler. Mais depuis quelques années, elles ont tendance à disparaître, même si certaines personnes prennent encore les anciens sites pour des décharges (photographie 27).


    De plus, les plans d'eau peuvent être assez dangereux, notamment pour les enfants car on peut avoir l'impression que l'eau n'est pas profonde, mais en général on a de fortes pentes et la profondeur augmente vite. Ces même plans d'eau, s'ils ne sont pas réaménagés peuvent au cours du temps se combler de façon assez rapide du fait du double effet de la baisse du niveau de l'eau en été et de la multiplication des algues et des bactéries qui peuvent permettre à terme la colonisation du milieu par des joncs et autres plantes aquatiques. Et finalement, on aura le comblement total et la disparition en partie de cette zone humide.

    Cependant, la plupart du temps, les plans d'eau étaient revendus ou mis en gestion a des sociétés de pêche ou de chasse, toutes heureuses de trouver des zones favorables à leurs loisirs préférés. Ceci ne se faisait pas comme maintenant par une volonté délibérée prévue dès le début mais plutôt par une volonté de limiter les coûts de réaménagement en les laissant prendre en charge aux niveaux propriétaires, ceux-ci obtenaient parfois quasiment gratuitement la gestion et le contrôle de ces plans d'eau.


    3.3 Une chance réelle de biodiversité dans un milieu plutôt pauvre

    Il n'est apparu que tardivement que les anciens sites d'extraction de granulats alluvionnaires pouvaient aussi être une chance pour recréer une certaine biodiversité perdue depuis l'endiguement et la chenalisation de la Loire dans la plaine du Forez. En fait cette solution qui est de transformer ces anciennes gravières en lieu de protection et de découverte de la nature, est arrivée qu'à partir du milieu des années 80 avec l'exemple de l'écopôle du Forez près de Chambéon (photographie 28).
    Depuis, la création de ces zones protégées est devenue un peu un rôle de vitrine pour les sociétés exploitantes et de gages de bonne réhabilitation lors du dépôt de la demande d'autorisation d'ouverture d'une nouvelle gravière. A Mably, près de Roanne, les gravières de l'entreprise Lafarge, en partie encore en exploitation, vont bénéficier d'un traitement quasi identique d'ici quatre ou cinq ans.

    Il est vrai que la création de plan d'eau, tout comme la déstabilisation des berges renouvellent la faune et la flore de ces milieux. Ils permettent l'arrivée de nouvelles espèces ou le développement d'autres. C'est ainsi que les hirondelles de rivages, les martins pêcheurs ou la plupart des espèces de canards y trouvent leurs comptes. En effet pour ces derniers, la présence de plan d'eau sur leur passage les amène à s'arrêter en des lieux où ils ne le faisaient guère auparavant. Il faut dire aussi que lorsqu'il y a des changements assez brutaux dans un milieu, il y a très vite une nouvelle biodiversité qui se développe et qui est souvent plus importante qu'auparavant. Le cas des tempêtes de décembre 1999 est à ranger dedans puisque assez rapidement sur les " cadavres " des arbres morts toute une nouvelle faune et flore va se développer (surtout des insectes et des champignons).


    Il est vrai que le cas de l'écopôle du Forez fait figure d'exemple. Cela est vrai aussi bien du pont de vue de l'anticipation (premières études de réaménagements entamées près d'une dizaine d'années avant la fermeture effective du site) que du partenariat engagé avec la FRAPNA Loire et du résultat final. Ce projet de créer une zone de liberté pour le fleuve qui se transforme en zone de liberté pour la faune, la flore et le public, s'est très vite doublé du projet de création de l'écozone du Forez sur 750 hectares (répartis sur 15 kilomètres de berge), qui a pour but d'être une zone de divagation naturelle de la Loire. Avant tout cela, le site était constitué de gravières en exploitation depuis 1973 sur lesquelles quatre entreprises de gravièristes (Morillon Corvol, Delage, Montagne et Naulin) se sont succédées jusqu'à la fin de 1990.

    Tout a débuté en 1985, lorsque Morillon Corvol et la FRAPNA ont commencé à réfléchir sur la reconversion possible de la carrière de Chambéon avec une étude de M. N. Jay. Celle-ci voulait en effet, mener une expérience pilote de réaménagement écologique du site pour créer un centre de découverte de la nature, à la vocation tout à la fois pédagogique et scientifique. Dès 1987, la FRAPNA a commencé à acheter des terrains (11,32 ha) auprès de la SAFER. En 1988 il y a eu le dépôt du projet écopôle du Forez. Celui-ci a été accepté la même année par le Conseil Général de la Loire et par le Conseil Régional de Rhône-Alpes, ceci a abouti à la construction du seuil de Villeneuve et à la mise en connexion du gourd. En 1989, on a eu d'abord le dépôt du dossier de protection des milieux fluviaux " écozone du Forez " auprès de la Communauté Européenne qui l'accepté et signé l'année suivante, et ensuite les premiers travaux de réaménagements sur l'écopôle. En 1990, il y a les premiers dons des partenaires (Crédit Agricole et l'entreprise Delage), et l'arrêt définitif de l'extraction et la démolition des installations existantes. En 1991, l'installation d'une vanne permet de gérer le niveau de l'eau. L'année suivante voit la fin de la construction de la Nef en bois (photographie 29) par des artisans locaux avec des matériaux locaux, de plus on a une extension de la réserve départementale de chasse.

    L'inauguration de l'écopôle du Forez et son ouverture au public et aux scolaires se sont fait le 10 juin 1993. Aujourd'hui, les terrains de l'écopôle appartiennent à la FRAPNA Loire qui les a soit acquis auprès des particuliers ou des entreprises, soit obtenu par dons des sociétés exploitantes.


    Ce site de l'écopôle du Forez a plusieurs objectifs selon la FRAPNA Loire. Le premier était de créer une zone de tranquillité sur des plans d'eau pour les animaux et notamment ceux qui réalisent des migrations puisque la plaine du Forez est une voie de passage très empreintée. Ils ont ainsi recensé au cours de ces dernières années sur le site, 381 espèces végétales, 217 espèces d'oiseaux, 301 espèces de papillons, 38 espèces de libellules, 34 espèces de mammifères, 9 espèces de reptiles et 7 espèces d'amphibiens, dont beaucoup sont protégées au niveau national (voir annexe 4). On y rencontre par exemple des Hérons cendrés, des Nettes rousses, des canards siffleurs des bécassines des marais, des foulques macroules … Mais il y a aussi les grands Cormorans qui font tant couler d'encre chez les pêcheurs puisqu'ils sont accusés de vider les étangs et les plans d'eau de leurs poissons. Le castor a aussi été réintroduit en 1994 (même si actuellement on se demande s'il ils sont encore vivant et si de telles réintroductions sont utiles et efficaces) et rentre dans le programme qui a été lancé pour observer et favoriser la reproduction de nombreuses espèces d'animaux et surtout d'oiseaux migrateurs. De part son intérêt pendant les périodes de migration et d'hivernage, on y rencontre aussi de nombreux ornithologues.

    Le deuxième objectif était l'ouverture au public et s'il y a bien une chose qu'ils ont réussi c'est bien celle-la. Ainsi chaque année, plusieurs dizaines de milliers de personnes viennent visiter l'écopôle du Forez en se promenant le long des sentiers qui encerclent les différents plans d'eau (figure 27). De plus, 8 à 10 000 scolaires venant des écoles de tout le département (surtout des grandes villes) et même parfois de plus loin, bénéficient d'une visite pédagogique qui débute dans la nef d'observation. Celle-ci contient en effet une exposition permanente sur la Loire et ses aménagements et une grande baie vitrée surplombant le plan d'eau permettant l'observation des oiseaux.
    Au début, l'écopôle a semble-t-il, été victime de son succès, notamment le dimanche, mais depuis selon la FRAPNA tout c'est arrangé. Cette vocation se complète par des stages pédagogiques et scientifiques qui sont régulièrement organisés sur le site. Ils ont pour but d'affiner la connaissance et le nombre des espèces présentes sur l'écopôle. Mais, comme pour beaucoup d'associations, pour pouvoir y participer sous couvert d'une assurance, (même si ce n'est pas obligatoire selon eux) il fait devenir membre de la FRAPNA Loire, ce qui permet sans doute de gonfler le nombre d'adhérents.



    Comme on le voit sur la figure 27, de nombreux aménagements ont été réalisés sur le site de l'écopôle du Forez au cours du temps pour favoriser le plus possible la biodiversité en créant des milieux différents les uns des autres. On a d'abord la nef d'observation (1.), complétée par quatre postes avancés d'observation en bois (2.). Les zones en vert foncé correspondent aux zones boisées, elles permettent non seulement de créer des lieux de nidification et de repos mais ces zones protègent les plans d'eau des nuisances humaines extérieures comme la route d'accès. Elles permettent le développement de la forêt alluviale (6.) qui est un lieu d'échanges entre milieu terrestre et aquatique. Ainsi 24 hectares de forêt ont été replantés (saules, aulnes, chênes, frênes, érables, peupliers…), de façon à créer cette zone tampon de 150 à 200 mètres entre la Loire et sa plaine alluviale. Celle-ci limitant l'impact des crues et formant un écosystème de grand intérêt. La zone en vert un peu plus clair en dessous du n°6 correspond à une zone de marais très humide. Le gourd (photographie 30 et 3. de la figure 27), au nord de la zone a été réaménagé pour obtenir une pièce d'eau alimentée par les crues et propice aux frayères des poissons, aux canards qui y élèvent leurs couvées. L'eau stagnante favorise également le développement d'une ceinture de végétation aquatique propice aux passereaux paludicoles.


    Le mitage du lit mineur dans cette zone par des extractions de granulats alluvionnaires " a permis " la création d'une zone d'îles (photographie 31 et 4. de la figure 27) par capture des plans d'eau. Celles qui sont dépourvues de végétation offrent un refuge aux oiseaux pour la reproduction. Les îles végétalisées de part leur isolement au milieu du fleuve permettent à la faune d'y trouver des conditions de vie plus idéales.


    Comme on le voit sur la figure 28 et la photographie 32, les plans d'eau (5. de la figure 27) doivent être réaménagés suivant des principes bien précis pour favoriser la biodiversité. On doit éviter les contours géométriques pour créer des refuges à la faune et pour augmenter le périmètre des plans d'eau. Il faut diversifier le profil des berges, notamment varier les angles d'inclinaison et créer des zones îlots proches des berges comme on le voit sur la photographie 32. On doit aussi diversifier la profondeur des plans d'eau et créer plusieurs petites zones boisées au lieu d'une seule pour multiplier les cachettes possibles. Ainsi, plusieurs plans d'eau ont été regroupés pour avoir une zone d'une taille assez importante pour accueillir le plus d'espèces possibles. Il a aussi été créé devant la nef une mare pédagogique qui présente notamment des espèces végétales aquatiques. Les berges ont été petit à petit réaménagées pour favoriser la superficie des plans d'eau, et pour créer des cachettes où les oiseaux pourront nicher.



    L'écopôle du Forez est géré par la FRAPNA Loire et en forme une commission, les employés qui y travaillent sont directement payés par celles-ci. Ils sont chargés de l'animation des stages et des visites, de récolter des données sur la faune et la flore et ont une mission d'information et de sensibilisation auprès des visiteurs. Le site est une réserve départementale de chasse, il y est donc interdit de chasser et de pêcher.
    Le financement des travaux de réaménagements au départ est venu des différentes subventions départementales, régionales et européennes. Ainsi l'acquisition de ce site a coûté 6 millions de francs, soit 10% du prix de la construction de la digue prévue initialement à cet endroit. Ensuite les frais de fonctionnement sont financés par les cotisations des adhérents à la FRAPNA, des recettes réalisées par les visites payantes, les dons des particuliers et des entreprises et enfin d'aides diverses, tout cela étant versé à la FRAPNA.

    L'entreprise Morillon Corvol qui a participé à l'élaboration de l'écopôle communique dans ce sens et met en avant ce partenariat dans différents magazines. Elle fait aussi des " visites professionnelles " pour mettre en avant cette volonté de réhabilitation des anciennes gravières dans le sens d'une plus grande biodiversité et de la protection de la nature. Cela montre un peu les limites de tels sites puisque sans l'aide (technique et financière) des industriels des gravières, il est très difficile de voir aboutir de tels projets. Et on peut se demander si ceux-ci ne se servent pas de cela comme un prétexte et un moyen de se valoriser et de pouvoir continuer ailleurs d'exploiter des gravières en faisant miroiter des réaménagements comme ceux de l'Ecopôle du Forez.

    On a ainsi différents acteurs et partenaires de l'écopôle du Forez :

  • les carriers : Morillon Corvol, Delage et Montagne, qui ont rétrocédé les gravières en fin d'exploitation et qui financent les études de réhabilitation.
  • les institutionnels : le ministère de l'environnement, le Conseil Général de la Loire, le Conseil Régional de Rhône-Alpes qui participent au financement, notamment pour la construction du bâtiment de l'écopôle (nef d'observation).
  • les services techniques de l'Etat : la DDE, la DDA, la DIREN et la DRIRE qui aident et surveillent les aménagements et les réhabilitations.
  • les sponsors privés : WWF et les Galeries Lafayette.
  • les financiers : le Crédit Agricole pour les prêts pour acquisition de terrains.
  • l'Europe à travers les actions communautaires pour l'environnement et le programme LIFE.
  • les associations : CORA Loire, la société de sciences naturelles Loire Forez et le club des pêcheurs sportifs Forez Velay.

  • L'écopôle a pour ambition de devenir un centre d'études et de recherches sur les plaines alluviales, destiné à former les scientifiques et de servir de fer de lance à une nouvelle gestion des zones alluviales. Mais, il reste encore du chemin à faire car les relations avec certains scientifiques sont encore conflictuelles. Il est vrai que la création même et la façon dont est gérée l'Ecopôle du Forez ne satisfait pas tout le monde.
    La prochaine réalisation de la FRAPNA Loire sera l'achat de la plupart des terrains qui permettrait selon eux, à l'écozone du Forez de réellement exister et d'avoir une action positive sur la création de cette zone de divagation " naturelle " de la Loire.

    On a donc vu que la reconversion d'anciennes gravières en zones protégées demandait des aménagements particuliers, notamment en reboisant et en diversifiant les types de berges. Cela ne peut être fait partout puisqu'il faut des plans d'eau d'une taille assez importante et dans une zone plutôt calme. C'est pourquoi, le site de l'écopôle est un très bon choix. Il a permis de recréer une biodiversité dans un milieu qui en manquait cruellement depuis que l'homme avait enserré la Loire. De plus, c'est une alternative aux aménagements lourds. Sa réalisation prouve qu'on peut, à moindre coût, préserver les intérêts humains et conserver une nature riche et diversifiée.

    Mais ce tableau pour certaines personnes n'est pas aussi rose que cela. Il est vrai que la création de tels sites nécessite une réelle volonté commune entre les différents acteurs du milieu, ce qui ne semble pas le cas. Et par exemple, on reproche au site de l'Ecopôle de servir de base de repos aux cormorans. Or les pêcheurs et les pisciculteurs reprochent à ces derniers de faire baisser le nombre de prises et d'abîmer beaucoup de poissons. Il faut savoir que ces oiseaux sont protégés et qu'il est normalement interdit de les tuer. Il y a donc un véritable affrontement entre les deux camps, même si la balance semble pencher vers les pêcheurs puisque des autorisations de tirs sur des cormorans viennent d'être accordées.
    De plus, le fait que le site de l'Ecopôle est interdit à la chasse et à la pêche engendre des tensions. La position de la FRAPNA vis à vis de la protection de la nature n'est pas aussi sans reproche et notamment un certain nombre de scientifiques et de chercheurs n'ont pas la même vision. C'est particulièrement le cas sur la régulation ou non par l'homme des espèces dans la nature. C'est le cas des cormorans, mais aussi des sangliers des ragondins ou des chevreuils. En effet, faut il laisser se multiplier des espèces qui peuvent engendrer de gros dégâts dans la nature ou bien les réguler par un abattage sélectif, et c'est ce qui fait débat actuellement et qui ne permet pas d'avoir des consensus sur des sujets aussi importants. Les différents acteurs (chasseurs, pêcheurs, protecteurs de la nature, scientifiques, chercheurs, services de l'état et élus locaux) restant le plus souvent sur des positions assez opposées.
    Cependant ces polémiques semblent assez loin des préoccupations des visiteurs et notamment des scolaires qui y voient une façon de découvrir la nature et de se détendre.

    Mais, il faut aussi se rendre compte que certains des sites ne conviennent pas à ce type de réaménagement et qu'il faut aussi regarder vers les potentiels de sports et de loisirs que de tels plans d'eau peuvent créer et notamment de zones de pêche et de chasse.


    3.4 Les possibilités de loisirs

    Il existe de nombreuses possibilités de création de zones de loisirs après la réhabilitation d'anciennes gravières dans la plaine du Forez. Celles-ci sont en effet souvent assez proches de communes fortement peuplées comme Feurs ou Andrézieux-Bouthéon. Mais la plupart du temps, ces plans d'eau dont la taille est très variable, sont encore reconvertie en zones plus ou moins réservées à la pêche, ce qui peut en limiter l'intérêt pour une grande partie de la population forézienne.

    3.4.1 La reconversion en zone de pêche ou de chasse

    Pendant longtemps, à la question de savoir ce qu'allait devenir les plans d'eau créés par l'extraction des granulats alluvionnaires, la réponse apportée était et est encore la réalisation de zones de pêche ou parfois de chasse. Cela se faisait parce que lors de la fin de l'exploitation, les carriers ont pendant longtemps chercher la solution la plus simple et la moins coûteuse pour réhabiliter leurs sites. Et bien sûr grâce aux contacts entre celles-ci et les associations de pêche et de chasse mais aussi et surtout grâce aux moyens assez conséquents que ces dernières ont, il est apparu logique que la plupart soit reconvertis en plan d'eau de pêche.

    C'est ainsi qu'à Balbigny, le plan d'eau des chambons est devenu un site de pêche très apprécié des pêcheurs. Il s'agit d'une ancienne gravière de la Loire située en rive droite au niveau de la commune de Balbigny au lieu dit " les Chambons " (cf. la photographie 33 et la figure 29). A l'ouest de cette de ce plan d'eau deux fosses d'extraction ont été exploitées après et leur fermeture s'est déroulées il y a 3 ou 4 ans avec leur comblement total. Ce plan d'eau est la propriété du Conseil Général de la Loire. Actuellement, la gestion piscicole est assurée par la Gaule Forézienne de Saint Etienne (section de Balbigny) qui est détentrice du droit de pêche par un bail de location signé pour 9 ans avec le Conseil Général, ce qui fait jusqu'en 2003.



    D'environ 300 mètres de longueur pour une largeur moyenne de 50 mètres, la superficie de ce plan d'eau est d'environ 14000 m² (calcul par la méthode des petits carreaux). Sa profondeur est comprise entre 1 et 2 mètres, mais la partie la plus à l'Est est beaucoup moins profonde et en été, elle est quasiment asséchée. Ce plan d'eau présente la particularité d'être connecté à la Loire au niveau de sa partie médiane par un fossé creusée artificiellement (photographie 34). Celui-ci a été réalisé, il y a seulement quelques années, bien après les aménagements réalisés lors de son début. En effet, au départ il a été créé une zone de plage au Sud-Ouest du plan d'eau, pour engendrer une zone de pente un peu plus douce. Il a aussi été réalisé des opérations de dragages dans la zone la moins profonde au Nord-Est pour essayer de la nettoyer et d'augmenter sa profondeur.

    La connexion potentielle (car vers la Loire, un enrochement empêche l'eau de celle-ci de passer la plupart du temps) permet une alimentation hydraulique de la Loire lors des crues de celle-ci, ce qui lui confère un statut d'eau libre. Les berges sont relativement peu pentues et le substrat est composé de sables grossiers et de galets. La végétation des rives est essentiellement composée de Phalaires (Phalaris sp.) et d'une alliance végétale dominée par le Bidens sp. (Espèce annuelle de 8 à 60 cm de hauteur et à fleur jaune, très courante sur les rives des plans d'eau subissant des variations de niveau). De plus, les rives sont entourées, sauf au Sud-Ouest, par une ceinture d'arbres de hauteur assez importante et ailleurs par une prairie. Les poissons sont de plusieurs espèces, on y rencontre ainsi des carpes, des gardons, des brèmes et surtout des poissons chats en grande quantité.


    Une étude de la brigade départementale du Conseil Supérieur de la pêche réalisée durant l'été 1995 faisait état de problème d'eutrophisation important du plan d'eau même si les valeurs de température et d'oxygène ne faisait pas craindre de mortalités ou de baisse de croissance chez les poissons (essentiellement des Cyprinidés : brèmes, carpes, gardons). La conclusion du rapport était que le plan d'eau de Balbigny constitue un milieu " fermé " ayant peu de communication avec le lit mineur de la Loire et donc en cours de vieillissement. Il était suggéré d'augmenter la communication avec la Loire, mais il se posait alors la question de la qualité des eaux de la Loire (très riches en azote et phosphore) qui risquait aussi d'accentuer les phénomènes d'eutrophisation. Il y a eu aussi un rapport qui prévoyait la création de frayères pour les brochets, mais pour l'instant rien n'a été fait.
    Actuellement le conseil général est en train de créer une haie d'arbres dans la zone Ouest du site pour améliorer la diversité de la flore.

    La gestion de ce plan d'eau par la Gaule Forézienne de Saint Etienne réside en un déversement annuel de 200 kg de gardons depuis 1996. Avant 1996, il s'agissait d'un déversement annuel de 200 kg de poissons blancs répartis comme cela : 15 % de carpes, 20 % de tanches et 65 % de gardons. Ce plan d'eau, classé eau close, a une vocation de pêche grand public et fait partie de la réciprocité départementale entre les associations.
    Il a été aussi créé un sentier qui fait le tour complet du plan d'eau en empreintant une passerelle en bois (photographie 23) au-dessus du fossé creusé. Celui-ci est très apprécié par les promeneurs, dès les beaux jours. De plus, ce plan d'eau est régulièrement le lieu de concours de pêche.

    La Gaule Forézienne gère aussi le plan d'eau du lieu dit des Perriers à Mizérieux, et s'intéresse aussi aux plans d'eau plus au Sud qui sont en cours de fermeture.
    Pour ce qui est de l'ancienne gravière en eau de Cuzieu qui est sans doute la plus grande de la Loire, elle est aussi réservée à la pêche et à la chasse mais est gérée par une société privée.
    En ce qui concerne la chasse, on a les plans d'eau de Mizérieux qui sont gérés par la société de chasse des Chambons.

    3.4.2 Les possibilités de création de zone de sports nautiques et de loisirs

    Pour ce qui est de cette possibilité de création de zone de loisir, elle n'est pas encore très développée dans la plaine du Forez. Il y a par exemple les anciennes gravières au Nord d'Andrézieux-Bouthéon qui ont été reconverties en zones de loisirs mais elles semblent encore largement sous utilisées et intéressent surtout les pêcheurs.
    Il y a aussi le projet de la commune de Chambéon sur le site des gravières de l'entreprise Morillon Corvol, qui prévoit la création d'une zone de baignade. Mais d'ici là, il y a assez de temps pour que ce projet change même si depuis les dernières élections, le chef de cette exploitation est devenu le maire de la commune.

    Mais en même temps que les sites existent, en particuliers des grands plans d'eau comme celui de Cuzieu, les aménagements qui seraient à réaliser et surtout les coûts que ce type de réhabilitation entraînerait, font sans doute peur aux partenaires (communes, syndicats de communes ou le conseil régional), qui pourraient s'associer pour créer cela. Pourtant, il existe sans aucun doute des demandes pour un lieu à vocation unique, pour la baignade et les sports nautiques (bateaux, planches à voile ou aviron), mais qui devrait sans doute, ou au moins en partie, exclure la pêche et surtout la chasse qui ont déjà un grand nombre d'espaces et de plans d'eau à leur disposition.

    Les réhabilitations des anciennes gravières passent encore trop souvent par les cases pêche ou comblement avec les problèmes qui découlent du deuxième. Mais, avec le succès du site de l'écopôle du Forez auprès du public, il semble que de plus en plus de personnes prennent conscience que celles-ci sont une réelle chance qu'il faut essayer d'attraper au vol.