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L'exploitation d'une gravière et ses conséquences
La création ou la reconduite de l'exploitation des granulats alluvionnaires n'est pas une chose qui doit être prise à la légère, car tout prélèvement entraîne malheureusement des nuisances plus ou moins graves sur l'écosystème
et sur les échanges entre le fleuve et sa plaine alluviale. Mais, il ne faut pas oublier que les besoins en sables et graviers dans des secteurs aussi importants que le bâtiment et les travaux publics (aussi bien
pour les routes, que pour les remblaiements, que pour la construction), sont toujours aussi primordiaux. Il est alors nécessaire de réaliser des compromis entre des besoins réels et en croissance constante ces dernières années et les conséquences sur notre environnement, pour que ces dernières soient
le plus faible possible.
Car, il ne faut pas négliger les autres utilisations de ce milieu alluvial qui sont aussi sources d'enjeux pour l'agriculture notamment et pour les communes riveraines. Par exemple, se sont souvent sur des terres agricoles que les exploitations de granulats s'installent.
Il y a donc perte de terres souvent assez riches et fertiles. De plus les prélèvements d'eau pour la consommation des habitants ne sont en général pas compatibles avec
les gravières. Et cela car ces dernières entraînent nécessairement des perturbations et/ou des pollutions de la nappe. Il faudrait alors que les communes utilisent des traitements plus complexes pour avoir une eau propre. Il y a aussi des conflits possibles avec les pêcheurs et les associations de protection
de la nature. Et cela car lors de l'exploitation d'un site il y a toujours des nuisances sonores et des conséquences sur la Loire
toute proche (matières en suspension plus importantes, réchauffements de la température du fleuve…). Tout ceci n'étant pas très compatible avec la pêche et encore moins avec la protection et la tranquillité de la nature.
C'est pourquoi au cours des dernières décennies, grâce aussi à la montée en puissance des préoccupations environnementales au sein de la population française, les législations françaises et européennes et leurs applications
directes sur le terrain, ont connu des avancées significatives dans ce sens ainsi que je vais le montrer dans une première partie. En particulier, plusieurs années après l'interdiction de celles-ci dans le lit
mineur au début des années 80, les extractions dans la plus grande partie du lit majeur des rivières vont petit à petit disparaître. Cela concerne les zones où il y a un risque de capture par la rivière ou qui nécessitent la création d'aménagements de protection contre les crues du
fleuve. Ces gravières doivent être remplacées soit par des prélèvements plus éloignés du cours d'eau comme on le verra à Chambéon dans un deuxième
temps soit carrément par des carrières avec des matériaux compacts. Celles-ci ne sont pas aussi exemptes de conséquences sur l'environnement et notamment sur le paysage. Mais, toutes ces avancées ne doivent pas faire oublier qu'il existe encore de nombreuses atteintes à l'encontre de ces écosystèmes,
notamment sur les nappes phréatiques et sur l'écoulement des cours d'eau.
2.1 Comment obtenir l'autorisation d'exploitation ?
Le cadre législatif relatif aux gravières a beaucoup évolué au cours des trente dernières années (surtout au cours de la dernière décennie) et il est devenu assez complexe puisqu'il fait intervenir des lois venant de secteurs aussi
différents que l'industrie, l'environnement, les eaux et forêts et l'urbanisme. Il y a aussi la réglementation européenne qui vient se greffer dessus, sachant que la France est encore très en retrait par rapport à
certains pays comme l'Allemagne. Mais, un certain nombre de textes de lois vont dans le sens d'une clarification de la situation en essayant de créer un équilibre entre les demandes en matériaux et les réclamations tout à fait fondées en matière de protection de l'environnement. On va donc d'abord
voir comment la législation s'est renforcée et ensuite voir comment se déroule l'autorisation ou pas de l'exploitation de nouvelles
gravières.
2.1.1 Historique des lois relatives aux extractions
Avant les années 70, les carrières (et donc les gravières) étaient principalement soumises au code minier et donc une simple déclaration en mairie était nécessaire pour obtenir l'autorisation d'exploitation. Mais, les législateurs
ont petit à petit pris en compte les demandes des habitants et des associations de protection de la nature, c'est à dire que les nuisances et les conséquences sur l'environnement de ces gravières ne
devaient plus être négligées. Par exemple, depuis 1973, l'article L 130.1 du code de l'urbanisme ne permet plus de changer l'affectation des terrains classés " espace boisé " par le plan d'occupation des sols.
Mais, c'est surtout la loi n° 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de la nature et la loi du 10 juillet de cette même année relative à la protection de la nature qui jettent les bases d'une véritable
réglementation en matière de protection de l'environnement. En effet avec ces lois, les carrières sont considérées pour la plupart d'entre elles comme des installations classées et que donc elles sont
susceptibles de créer des risques et des dangers aux personnes et à l'environnement. De plus, une étude d'impact et une enquête publique doivent être réalisées lors de chaque ouverture ou agrandissement d'une carrière. Cela concernait au départ surtout les exploitations dont la taille était
très importante. Mais, ces mesures plus restrictives sont apparues bien après celles prises en Allemagne, en Suisse et en Belgique. Cela a
abouti près des ces frontières à une forte exportation des ressources et des réserves en granulats alluvionnaires au profit de ces pays.
Mais, la complexité de ces législations créait une certaine confusion qui profitait plus aux sociétés exploitantes qu'à la protection de l'environnement. C'est la loi n° 93-3 du 4 janvier 1993 relative aux carrières qui en modifiant
le cadre juridique des autorisations d'ouverture et d'exploitation des carrières a mis fin à tout cela.
Désormais, toutes les carrières passent sous le régime de l'autorisation au titre de la loi de 1976 relative aux installations classées pour la protection de la nature, le décret n° 94-485 inscrivant les carrières dans la nomenclature
de ces dernières ayant été publié le 9 juin 1994. De la sorte, il faut une autorisation administrative : un dossier doit être déposé à la préfecture, une commission départementale des carrières est créée.
Celle-ci se réunit dès qu'une demande d'ouverture ou de prolongation d'autorisation est déposée au près du Préfet.
Elle se compose de quatre collèges :
d'abord, d'un collège de fonctionnaires avec la DIREN, la DRIRE et la DDE.
ensuite, d'un collège de la profession avec des représentants des sociétés exploitantes de carrières et d'un représentant de sociétés consommatrices de matériaux.
d'un collège d'élus avec le président du conseil général, un représentant de ce dernier et un représentant de l'association des maires de France.
et enfin d'un collège associatif avec un représentant d'une association de défense de l'environnement, d'un représentant d'une association de défense du patrimoine (architecture surtout) et d'un représentant de la chambre d'agriculture.
Chaque représentant possède une voie, il faut rajouter celle du Préfet et celle des maires de la ou des communes concernées par la carrière. Cette commission donne un avis mais il n'est que facultatif, elle participe aussi à l'élaboration
du schéma départemental des carrières.
Un schéma départemental des carrières doit depuis l'article 1 du décret du 11 juillet 1994 et la circulaire du janvier 1995 fixer les conditions générales de l'implantation et de l'autorisation des carrières dans le département concerné.
Ce schéma doit prendre en compte l'intérêt économique national, les ressources et les besoins en matériaux du département et des départements voisins, la protection des paysages, des sites et des
milieux naturels sensibles, la nécessité d'une gestion équilibrée de l'espace, tout en favorisant une utilisation économe des matières premières. Il fixe les objectifs à atteindre en matière de remise en état et de réaménagement des sites.
Le schéma départemental des carrières se compose d'une notice qui présente et résume le schéma, d'un rapport où on retrouve tous les objectifs cités ci-dessus (une analyse de la situation existante : les besoins et les sources d'approvisionnement,
les impacts des carrières sur l'environnement ; un inventaire des ressources connues ; une évaluation des besoins dans le futur ; les orientations prioritaires et les objectifs à atteindre
dans les modes d'approvisionnements en matériaux ; les modalités de transports des matériaux ; les zones de protections et enfin les orientations à privilégier dans le domaine du réaménagement des carrières) et de documents graphiques où on peut visualiser l'implantation des carrières
autorisées, les principaux gisements connus en matériaux de carrières et les zones appelant protection au titre de l'environnement (voir celui
des Pyrénées Orientales dans les annexes).
La création d'un tel schéma n'est pas une chose aisée et se déroule en plusieurs étapes qui prennent énormément de temps, comme le montre la figure ci-dessous. Cela peut aussi expliquer qu'il n'existe pas encore de schéma départemental
des carrières dans la Loire. Il devrait être terminé avant la fin de l'année normalement. En théorie, c'est le Préfet qui décide du lancement de la procédure de réalisation d'un tel projet. Puis,
c'est la commission des carrières qui organise la création d'un comité de pilotage qui est chargé d'organiser et de coordonner les travaux. Pour cela, ce dernier met en place des groupes de travail qui étudient chacun, un thème précis comme on peut le voir sur le schéma ci-dessous. Une fois les
travaux terminés, le comité de pilotage expose tout cela à la commission départementale des carrières qui valide les travaux. Il est
soumis à l'avis du conseil général du département et aux comités des carrières des départements voisins pendant une durée de 2 mois. Lorsque le schéma est définitivement approuvé par arrêté préfectoral, il est diffusé et doit être révisé dans
des délais de 10 ans.
Mais, c'est surtout la loi sur l'eau du 3 janvier 1992 qui en créant les SDAGE : schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux qui couvrent tout un bassin versant voire tout un fleuve comme la Loire et les SAGE : schéma d'aménagement et
de gestion des eaux qui concernent des zones à l'échelle d'une rivière, a des conséquences directes sur la compatibilité ou non entre les gravières et leurs objectifs (si bien entendu
ces schémas sont réalisés et appliqués dans les communes concernées). La loi paysage du 8 janvier 1993 se place dans la même optique et doit aussi être prise en compte. En effet, les impacts sur le paysage de la création d'un plan d'eau de grande taille doivent être prise en considération
lors de l'élaboration du dossier de demande d'ouverture d'une gravière.
2.1.2 parcours à suivre pour l'obtention de l'autorisation
La procédure qui mène à l'autorisation de l'exploitation d'une gravière est un système très complexe qui demande de nombreuses consultations et des études sur le terrain assez pointues. En effet, comme le montre le schéma ci-dessous
qui est tiré du mémento remis par la DRIRE aux exploitants (annexe 2), cette procédure n'est pas une chose simple et rapide.
Comme on le voit sur ce schéma, la procédure débute par le dépôt d'un dossier en préfecture en plusieurs exemplaires. Ce dossier se compose d'abord d'une demande où il est noté le nom de la société ou du particulier ; l'emplacement
prévu de l'installation ; la nature, le volume des activités et la ou les rubriques des nomenclatures dans lesquelles l'installation doit être classée suivant le tableau ci-dessous ; ce qui va être produit
et comment, ce que la société va en faire, ainsi que le permis de construire si besoin ; les capacités techniques et financières de l'exploitant et bien entendu l'acte de propriété du terrain en question ou l'autorisation de l'utiliser.
Les garanties financières doivent aussi être présentes. La suite se compose de cartes et de plans. C'est à dire une carte au 1/25000 ou au 1/50000 où il est indiqué le lieu précis de l'exploitation, puis un plan au 1/2500 où toutes
les routes, voies de chemins de fer, constructions … sont notées et cela dans un rayon au moins égal au dixième de celui de l'affichage fixé dans la nomenclature des installations classées par rapport aux
abords de l'exploitation(voir la figure 10), et un plan au 1/200 où les installations, les constructions et les affectations des terrains sont inscrites. Une notice d'hygiène et de sécurité est aussi demandée.
C'est ensuite le gros du dossier qui arrive avec l'étude d'impact (figure 16) qui est prévu par la loi du 19 juillet 1976, ainsi que son résumé pour le public concerné. Elle doit contenir nécessairement l'état initial du site et de son
environnement avec en particulier la richesse écologique de celui-ci. On a ensuite une étude sur les effets directs ou indirects, à court ou à long terme d'une telle installation. Il est ainsi pris en compte aussi
bien les nuisances sonores ou olfactives pour les riverains que les conséquences sur l'environnement (sur la nappe, sur l'écoulement des cours d'eau…). Mais, il est aussi précisé la nature et la quantité des produits utilisés et des déchets potentiellement polluants. On a ensuite les raisons
du choix de ce site, en particulier quelles mesures vont être prises pour limiter ou supprimer les nuisances et les pollutions prévues. Et enfin, la
remise en état des lieux doit être prévue, ainsi que son financement.
La dernière partie de ce dossier est une étude des risques et des dangers que peut créer cette exploitation : quels accidents peuvent survenir, quelles en seraient les conséquences et quelles seraient la nature des secours prévue et leurs moyens
en hommes et en matériels.
La suite de la procédure fait intervenir un grand nombre d'acteurs :
la préfecture
les communes concernées et leurs habitants
la direction départementale de l'équipement
la direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement
la direction régionale de l'environnement
la commission départementale des carrières
l'inspection des installations classées
la direction départementale des affaires sanitaires et sociales
la direction départementale de l'agriculture et de la forêt
Tous ces acteurs sont consultés au cours d'une longue procédure où il leur est demandé de donner un avis souvent facultatif. Une enquête publique est aussi ouverte dans les communes concernées par arrêté préfectoral. On demande
aux habitants de donner leurs avis sur la question de l'installation ou non de cette carrière. Ainsi, c'est le Préfet qui joue le rôle majeur dans cette procédure puisque c'est après la consultation des
services concernés, après l'avis donné par la DRIRE et après la tenue de la commission des carrières où sont représentés la plupart des acteurs cités au-dessus, qu'il décide en personne de l'autorisation ou non de l'exploitation de ce site par arrêté préfectoral. Celle-ci
est généralement valable pour une durée de 10 à 15 ans et jusqu'à une limite de 30 ans. Dés que les aménagements du site permettant le début de l'exploitation
sont terminés, l'exploitant doit adresser au Préfet une déclaration de début d'exploitation. Ensuite la surveillance de ces établissements relève du domaine de l'inspection des installations classées. Cette inspection est assurée, pour ce qui concerne les gravières, par des inspecteurs appartenant à la DRIRE. Le contrôle des exploitations en lit mineur relevait quant à lui des DDE, celles-ci étant chargées du domaine public fluvial.
Bien entendu, une telle procédure est aussi exigée lors d'une demande de renouvellement ou d'agrandissement d'une exploitation déjà existante. Lors de la fermeture de la carrière, l'exploitant doit en informer le Préfet le plutôt possible.
Cela comprend aussi un dossier où il est réalisé une cartographie des terrains d'emprise de l'installation, et un mémoire de l'état du site. Ce mémoire montre les mesures qui ont été prises pour
assurer la protection de l'environnement, pour insérer le site dans son environnement, pour évacuer les déchets et les produits dangereux de la zone et pour la dépolluer. Finalement un inspecteur des installations classées vérifie la conformité des lieux et en informe le préfet par procès-verbal.
On a donc vu que le système législatif relatif aux carrières en matière de protection de l'environnement s'est considérablement amélioré avec notamment la loi du 4 janvier 1993, la création des comités départementaux des
carrières et le passage sous le régime de l'autorisation dans le cadre des installations classées. Il faut aussi faire remarquer que le département de la Loire a été l'un des premiers à faire appliquer la loi dès le
début des années 1980. Et cela explique en partie l'évolution de la production dans le Forez qu'on va voir maintenant et que le site de Morillon Corvol à Chambéon se retrouve aussi loin de la Loire qu'il l'est.
2.2 L'exploitation en elle-même
Le secteur de l'exploitation des granulats alluvionnaires est un secteur économique encore assez présent dans le département de la Loire. Aussi bien dans l'extraction en elle-même (surtout dans la plaine du Forez) que dans le stockage des matériaux
obtenus et dans leur transformation. Cette exploitation a débuté au 19ème siècle dans des proportions très faibles, de l'ordre de 10000 tonnes par an vers 1900 selon les archives
départementales. Et ce n'est que depuis une trentaine d'années que sa production a explosée. En effet, elle a atteint 1,8 millions de tonnes en 1980, avec parmi les exploitations encore un grand nombre qui était dans le lit mineur durant les années 70. La production a ensuite commencé à décliner
en raison des lois plus restrictives citées auparavant et aussi en raison de la place de plus en plus grande prise par les matériaux
extraits de carrières en roches dures. Mais, il fait prendre les chiffres qui datent d'il y a plus de 15 à 20 ans avec précaution car les contrôles étaient quasi inexistants et donc ces chiffres sont sans aucun doute bien plus élevés et cela fausse un peu la donne et les tendances.
En effet, on rencontre une dizaine de sites de gravières en cours d'exploitation qui emploient chacune au moins une dizaine de personnes. Cela montre que le secteur est encore assez important et le chiffre d'affaire total des extractions de granulats alluvionnaires
dépassent les 100 millions de francs. Mais, il est loin de l'importance qu'il avait dans les années 70 et au début des années 80. C'est pourquoi, dans un premier temps on
va s'attarder sur l'état des lieux de ce secteur dans la Loire, surtout en terme de production de matériaux, réalisé à partir du rapport de la commission départementale des carrières de 1999. Puis, on verra ensuite le cas de l'entreprise Morillon Corvol à Chambéon. Et enfin, les autres sources
de matériaux.
2.2.1 Le secteur des granulats dans la Loire et dans la plaine du Forez
Les granulats sont des matériaux très utilisés en France puisque la production a atteint 400 millions de tonnes en 1991 et qu'il en faut environ 150 tonnes pour construire une maison et entre 20000 et 30000 tonnes pour réaliser un kilomètre d'autoroute.
Les besoins de la région stéphanoise sont ainsi de l'ordre du million de tonnes par an et ceux du Roannais de l'ordre de 500000 tonnes par an.
Pour bien montrer l'évolution de la production en sables et graviers dans la Loire au cours des 30 dernières années. On va la mettre en parallèle avec celle des roches dures à partir des chiffres fournis par la DRIRE. En effet, cela permet de montrer
que la part des granulats d'origine alluvionnaire (ceux provenant des gravières) a beaucoup chuté au cours de cette période au profit de ceux d'origine plus " rocheuses ". Le rapport se
stabilisant ces dernières années autour de 1/3 pour les sables et les graviers dans la Loire comme le montre les deux graphiques ci-dessous. Il est vrai que les sociétés construisant les routes ont de plus en plus recours aux matériaux concassés provenant de carrières de roches dures.
On voit donc que les entreprises du bâtiment et des travaux publics ont de plus en plus recours à des matériaux provenant de " roches dures ". Mais les cimentiers et les autres transformateurs utilisent aussi de plus en plus ces matériaux pour
la fabrication de produits plus ou moins élaborés comme les ciments et le béton. Et la mise en place d'une législation beaucoup plus contraignante, surtout vis à vis de l'environnement, assez
bien appliquée dans la Loire, n'a d'une part, sans doute pas permis à un nombre important de nouvelles gravières d'ouvrir (les autorisations ont chutées de plus de 50% depuis le milieu des années 1970). D'autre part, la plus grande partie des quelques exploitations qui restent encore ne verront sûrement
pas leurs autorisations reconduites.
Du coup cela explique en partie la forte baisse de la production de sables et de graviers, obligeant ainsi les professionnels du secteur à trouver de nouvelles sources d'approvisionnements et à se tourner vers les roches dures. La hausse de ces dernières
années s'explique par la forte demande dans le secteur du bâtiment qui est causé par la reprise économique et le boom des logements individuels. Mais, aussi par l'ouverture en
1993 de la gravière de Chambéon exploité par la société Morillon Corvol, qui est une des plus importante de la Loire. En effet, la production a de plus en plus tendance à se concentrer sur quelques exploitations contrôlées par des grands groupes extérieurs à la Loire : Lafarge, le premier
cimentier mondial, Morillon Corvol qui est une filiale d'un groupe anglais et Thomas. Alors qu'au début, c'était surtout des exploitations familiales,
souvent couplées avec des zones agricoles cultivées.
On voit aussi sur les figures 19 et 20 que la production de la plaine du Forez en sables et graviers est plus importante que celle du Roannais. Et cela même si les épaisseurs sont de 2 à 4 mètres dans le Forez contre près de 4 à 6 mètres
dans le Roannais et que la production de cette dernière est plus riche en sables et graviers fins que celle de la plaine du Forez, plutôt riche en graviers et galets.
Le secteur de l'extraction des granulats alluvionnaires de la plaine du Forez représente de ce fait près de 30% de la production totale de granulats dans la Loire en 1999 ; même si c'est encore les roches dures du Forez qui dominent largement (43 %).
La légende de la figure 17 est :
1 : les sables et les graviers provenant du Forez
2 : les sables et les graviers provenant du Roannais
3 : les roches dures provenant du Forez
4 : les roches dures provenant du Roannais
Mais, on s'attend aussi à ce que cette part des granulats alluvionnaires recommence à diminuer fortement dans 5 à 10 ans, lorsque les autorisations de la plupart des gravières en exploitation actuellement ne seront pas reconduites à cause ou grâce,
selon le camp derrière lequel on se trouve, aux lois plus restrictives prises depuis une dizaine d'années en matière de protection de l'environnement et en particulier des milieux
aquatiques. Il est donc probable que le secteur de l'extraction des granulats alluvionnaires est en sursis. Il est vrai que celui-ci est en perte de vitesse depuis une quinzaine d'années.
2.2.2 L'exemple de Morillon Corvol à Chambéon
Afin de montrer le fonctionnement d'une gravière, on va s'appuyer en grande partie sur l'exemple de la gravière de Chambéon exploitée par l'entreprise Morillon Corvol. L'autorisation a été donnée par l'arrêté préfectoral
numéro 93.3 du 12/07/1993 pour une durée de 11ans.
Celle-ci est située à environ 1,5 kilomètres du fleuve Loire sur des terres agricoles juste à coté du bourg de Chambéon. Cette zone de 80 hectares environ était il y a plusieurs milliers d'années recouverte par les eaux et il s'est
alors déposé une couche assez importante de sédiments qui n'est malheureusement pas toujours exploitable pour en faire des granulats.
En effet comme on le voit sur les photographies 5 et 6 et sur la figure 18, on a d'abord un sol qui correspond aux deux premières zones de la figure puis on a les sédiments alluvionnaires non dégradés et enfin on atteint le substratum qui correspond
aux roches du tertiaire. Il s'agit en fait d'un sol brun de plaine alluviale.
On a d'abord entre 0,5 et 1 mètre de véritable terre qui a une teinte brune assez foncée. Elle correspond à la couche superficielle où pousse la végétation et où on retrouve les racines de celle-ci. Puis on trouve ensuite entre 1
et 2 mètres de sédiments dégradés inutilisables qui ont une couleur presque aussi sombre. Ces sédiments ne sont pas exploitables car ils sont en cours de transformation et ils sont la base du sol. En effet, si
on ne peut pas encore parler de terre, la dégradation des particules est très avancée et la teneur en matière organique augmente de bas en haut. On retrouve quand même des galets qui forment des îlots plus clairs au sein de cette masse sombre comme on le voit sur la photographie 6. On a donc un sol assez
peu évolué avec une ébauche d'horizon. Ce sol est très riche et est normalement utilisé par les agriculteurs pour leurs
cultures comme le blé et le maïs.
Et enfin une couche de 2 à 3 mètres de sables et de graviers qui pourront être exploités. Ceux-ci sont les restes des alluvions qui se sont déposés ici il y a plusieurs milliers d'années lorsque la Loire y avait son cours. Ils forment
en quelque sorte la roche mère du sol qui se trouve au-dessus. La couleur de ces sédiments est plutôt très claire comme le montre les tas de sables en attente au centre de la photographie 6. On y retrouve
surtout des sédiments dont la granulométrie n'est pas très importante (sables de toutes tailles et graviers), mais aussi quelques galets dont la taille dépasse les 5 centimètres de diamètre.
En dessous on atteint une couche d'argile qui n'est pas compatible avec l'exploitation. Elle correspond au substratum. Elle s'est déposée dans la première partie du Tertiaire comme on l'a vu dans la première partie.
Comme on a pu le voir auparavant ce site représente un peu l'avenir de l'exploitation des granulats alluvionnaires en France puisqu'il va dans le sens d'une exploitation dans des zones plus éloignées des cours d'eau. Cela dans le but de limiter les conséquences
sur l'environnement de celle-ci et notamment les conséquences sur leurs écoulements. Mais il faut dire que l'exploitation de ces granulats est beaucoup moins rentable, le
coût d'extraction est plus élevé car les " filons " sont moins nombreux, plus pauvres en matériaux exploitables et les épaisseurs des couches moins importantes que dans des gravières plus proche de la Loire.
L'exploitation en elle-même des granulats alluvionnaires se déroule en plusieurs phases. L'extraction des matériaux se fait progressivement, à partir d'une fosse d'extraction en contact direct avec la nappe phréatique, ce qui explique que très
rapidement l'eau envahisse celle-ci. La première étape passe par le décapage de la terre et des sédiments non utilisables qui sont stockés en prévision de la réhabilitation future.
Lorsque la couche favorable est atteinte l'extraction commence avec l'aide de pelles mécaniques excavatrices. Avec leurs godets, elles creusent jusqu'à atteindre la couche d'argiles, les matériaux sont ainsi entassés (photographie n°6).
La production en un seul jour peut atteindre jusqu'à 2000 tonnes d'alluvions par jour, ce qui montre bien que ce site est sans doute la gravière la plus importante de toute la Loire. Des pelleteuses chargent ensuite ces alluvions dans des camions qui les emmènent
dans la zone de stockage.
On obtient donc un énorme tas de matériaux que l'on appelle le " tout venant ", avec une hétérogénéité très importante. On a aussi bien des sables de petites tailles que des galets de plusieurs centimètres de diamètres
comme on le voit sur les photographies 7 et 8.
Ces matériaux sont laissés quelques temps sur place pour permettre leur égouttement. Sur le site, on réalise ensuite le tri des matériaux, on élimine d'abord les plus gros matériaux qui à Chambéon ne sont pas trop nombreux. Puis
grâce à des tapis, le reste des matériaux est conduit jusqu'aux installations (photographie n°9).
On passe ensuite par une phase de lavage qui permet de purifier les matériaux en leurs enlevant notamment toutes les argiles indésirables. Les eaux qui sont utilisées pour cela, sont pompées directement dans la nappe phréatique et après le
lavage. Elles sont dirigées vers des bassins de décantation (photographie n°10) pour éliminer le maximum de particules. Puis elles retournent dans la nappe. Ces bassins sont régulièrement
nettoyés par décapage de tous les matériaux les recouvrant.
On procède ensuite à un tri en fonction de la granulométrie par un criblage sur différents tamis de plus en plus petits. On obtient des tas de matériaux (photographies 9 et 13) allant des sables les plus petits (photographie 11) aux graviers les
plus gros. On utilise aussi comme on le voit sur la photographie 12 des concasseurs qui broient les matériaux en fragments plus ou moins grossiers. La plupart du temps, on met des matériaux
en stockage pour avoir une réserve au cas où il en manquerait.
A partir de ces tas de sables ou de graviers, des pelleteuses chargent des camions qui ont d'abord été pesés à vide. Ceux-ci ressortent en passant sur la balance (photographie 14) et payent leur chargement.
Ces camions vont ensuite vers différentes destinations. En effet les granulats entre dans la composition d'un grand nombre de matériaux de constructions comme le béton (ciment + sables + graviers + eau, le tout mélangé et roulé dans un camion
bétonnière) à hauteur de près de 85%. Ils sont donc très importants et même indispensables pour toutes les constructions. Ils sont la deuxième ressource la plus consommée en France
après l'eau : 20 kg par jour et par habitant. Les utilisations dépendent de la taille du granulat, ils sont classés à partir de la courbe granulomètrique qui représente la distribution, en pourcentage, des poids des matériaux passant dans des tamis et passoires de dimensions normalisées.
On nomme ainsi, par convention, " sables " les grains de dimensions comprises entre 0,08 mm et 5 mm ; " gravillons " ceux dont les dimensions sont comprises entre 5 mm et 25 mm et " cailloux " ceux dont les dimensions sont supérieures à 25 mm. Mais on peut aussi trouver une nomenclature plus précise : les normes AFNOR ou bien les tailles qu'on obtient grâce aux différents tamis utilisés sont aussi très employées.
Le poids volumique de ces granulats est de l'ordre de 25 à 35 kilo-newtons par mètre cube (kN/m3, soit environ 2 500 à 3 500 kg/m3) et leur poids volumique apparent d'environ 14 à 16 kN/m3. On utilise en général, pour les ouvrages courants,
des granulats constitués uniquement par des sables et des gravillons.
Lorsque l'exploitation des granulats alluvionnaires est terminée, il doit normalement être réalisé une réhabilitation qui prend différentes formes. Tout cela sera expliqué dans la dernière partie du mémoire.
On a donc vu que l'exploitation passait par différentes phases :
d'abord l'extraction des sédiments.
puis le transport dans la zone de triage.
le lavage et le triage des matériaux utiles.
et enfin le stockage sous forme de tas de matériaux de natures et de tailles différentes.
2.2.3 Les autres moyens d'obtenir des matériaux pour la construction
L'autre grande source d'approvisionnement pour la construction, ce sont les roches dures. En effet, on voit l'extraction dans des carrières rocheuses prendre une part de plus en plus importante dans les roches extraites. De plus dans la Loire les sites ont même
tendance à se concentrer en un nombre de plus en plus réduit de sites. Il y en a en effet deux grands : le site de Bellegarde en Forez et un autre près de Roanne.
L'extraction se fait sous la forme d'une explosion très violente et ensuite les matériaux qui se sont détachés de la paroi rocheuse sont récupérés et concassés.
Ce type d'extraction a aussi beaucoup de conséquences sur l'environnement, d'abord il a un bouleversement total du paysage. Puisque les collines se retrouvent amputées d'une partie d'elle-même. Ainsi par exemple quand on arrive à Roanne par la voie rapide
par le Sud, on voit très bien sur notre gauche la plaie béante sur la colline causée par les extractions. De plus le passage des camions entraîne des nuisances sonores et
olfactives.
Les extractions de roches dures ne sont donc pas sans conséquences sur l'environnement, tout comme l'extraction dans des gravières en ont aussi, comme on va le voir maintenant.
2.3 Les conséquences sur l'environnement de cette exploitation
Les conséquences sur l'environnement de l'exploitation de granulats alluvionnaires sont de natures très diverses. Elles jouent en effet sur un très grand nombre de paramètres comme la position de la nappe alluviale, la température de l'eau, sa composition
chimique… Il faut en plus séparer les perturbations qui ont été causées par les extractions dans le lit mineur des cours d'eau qui ne sont plus autorisées mais qui ont toujours des
effets et celles qui se déroulent actuellement dans le lit majeur de ceux-ci.
Et même si les dernières lois en matière de protection de l'environnement sont beaucoup plus restrictives, il reste toujours un grand nombre d'effets sur les écosystèmes. Le plus important est sans doute de les limiter le plus possible. D'un autre
côté, il ne faut cependant pas oublier que les granulats alluvionnaires couvrent encore une grosse partie des besoins en matériaux en France et notamment dans la plaine du Forez. Car ces
exploitations sont encore souvent moins coûteuses et plus simples à réaliser que dans des carrières de roches dures.
On a ainsi d'abord des impacts sur la nappe alluviale et sur les échanges entre celle-ci et le fleuve, mais on a aussi des conséquences physico-chimiques notamment sur la qualité de l'eau, sur l'écoulement et la nature du lit mineur de la rivière,
et enfin il existe aussi des nuisances assez importantes pour la faune, la flore et l'homme.
2.3.1 Impacts sur la nappe alluviale
Au cours de l'exploitation d'une gravière, on remplace les granulats alluvionnaires qui forment la matrice de l'aquifère par de l'eau provenant de la nappe. Cela a pour conséquence première de créer un appel proche de celui que produirait une pompe.
Une exploitation comme celle de Chambéon représenterait l'équivalant d'un pompage de l'ordre de 15 à 20 m³ par heure, ce qui est assez faible quand on connaît les prélèvements
réaliser pour l'agriculture ou pour la consommation personnelle des habitants de cette zone.
De plus, la création d'un plan d'eau entraîne une évaporation et une évapotranspiration plus importante. Ce déficit hydrique dépend de la taille de celui-ci et de la température moyenne annuelle de la région. Ainsi dans la plaine
du Forez en été, il n'est pas rare d'avoir des températures supérieures à 25°C. On a donc une forte évaporation de l'eau. Par exemple dans la gravière de Balbigny, on voit le niveau de l'eau durant cette
période être très bas (50 cm à un mètre de moins qu'en hiver). Cela se ressent aussi dans la Loire toute proche par une petite baisse de son niveau en aval.
Néanmoins, les conséquences les plus graves sont celles causées sur le niveau et le sens de l'écoulement de la nappe alluviale. La profondeur de la gravière, son orientation par rapport au sens d'écoulement de la nappe, sa position, sa forme,
sa taille et son comblement ou pas agissent sur la piézométrie. Il faut aussi prendre en compte les caractéristiques de la nappe notamment la pente du terrain et la profondeur de celle-ci car
lorsque son gradient piézométrique est faible les conséquences sont limitées.
De ce fait, on assiste à une remise en place de la nappe, le plan d'eau étant à l'horizontal, on a un basculement de la nappe à l'amont avec un drainage vers le plan d'eau et une élévation à l'aval avec une alimentation (figure 19). Les
effets, quand le plan d'eau est comblé après l'exploitation de la gravière seront vus dans la dernière partie du mémoire. De même, si le plan d'eau est mis en communication avec la Loire comme s'est
le cas à Balbigny, les effets de drainage vers elle sont encore plus importants, comme le dit M. Campy (1989).
Une gravière dont l'allongement sera parallèle au sens de l'écoulement de la nappe a un effet beaucoup plus important sur l'hydrodynamique de la rivière et de la nappe qu'une gravière qui est perpendiculaire à celui-ci. Et contrairement à
certaines idées reçues une succession de petites gravières en eau a quasiment les mêmes effets de basculement de la nappe alluviale qu'un seul plan d'eau couvrant une surface équivalente. Il est
aussi évident que plus la gravière sera profonde plus les conséquences sur la nappe alluviale seront importantes et variées.
L'aquifère joue vis à vis de la rivière un rôle tampon. Les variations de régime de la rivière sont atténuées par la nappe. Ainsi, lorsque le niveau du fleuve baisse, la nappe fournit de l'eau qui permet de limiter celle-ci et inversement
la nappe sert de réservoir en cas de fortes montées des eaux. Dans le cas d'une gravière en communication avec le cours d'eau comme c'est le cas à Balbigny par exemple, ce rôle tampon est perturbé
localement. Le niveau du plan d'eau est donc dans ce cas directement lié à celui du cours d'eau et la nappe est soit alimentée par la gravière en période de hautes eaux, soit drainée par celle-ci en période d'étiage.
Toutes ces variations du niveau et du sens d'écoulement de la nappe alluviale ont des conséquences sur le milieu. En effet, les abaissements de la nappe peuvent entraîner des modifications écologiques du milieu par assèchement de terres agricoles
et de zones humides, des détériorations d'habitats liées au tassement de terrain consécutif à un rabattement de la nappe. Ils peuvent aussi entraîner la détérioration de boisements
environnants à cause de la plus grande mortalité des arbres par manque d'eau.
Inversement, la remontée de la nappe peut entraîner une quantité d'eau plus importante dans certaines terres agricoles et ainsi causer des dommages assez importants aux récoltes.
Il existe aussi des pollutions de la nappe phréatique, dans le Sud de la plaine du Forez, notamment avec les nitrates mais celles-ci sont en grande partie causées par la trop forte utilisation des engrais dans l'agriculture. C'est cela qui est le plus préoccupant
en ce qui concerne la nappe.
2.3.2 Impacts sur la qualité de l'eau et sur la faune et la flore
Les gravières ont aussi des conséquences sur la qualité des eaux et notamment sur la composition chimique de celles-ci. En effet, l'eau des gravières en étant en contact avec l'air voit apparaître une modification de la pression partielle de
CO2. Ce phénomène entraîne une baisse des teneurs en HCO3- et en Ca2+, ainsi que de la conductivité. La minéralisation globale de l'eau diminue donc. Par exemple, dans la gravière des
Chambons à Balbigny selon les mesures de la SOGREHA, la teneur en oxygène est de 17,3 mg/l, ce qui montre une sursaturation en celui-ci. De plus les teneurs en ammoniaques et en phosphates sont très élevées : respectivement 0,19 et 0,30 mg/l. Il y a aussi beaucoup de matières en suspension. Elles sont
plus de deux fois plus importantes que celles mesurées dans la Loire toute proche. Il y a donc un milieu particulier qui
verra se développer des espèces différentes de celles de la Loire. Ce sera plutôt des espèces dont les tolérances écologiques sont plus grandes (poissons chats…).
Par ailleurs les teneurs en matières en suspension augmentent du fait de l'extraction qui remet en suspension les fines (particules de diamètre inférieur à 0,2 mm) présentes dans le gisement. Mais aussi du fait de celles qui proviennent des apports
par les eaux de ruissellement. De plus le rejet des eaux de lavage et de triage sans passer par une fosse de décantation comme cela devrait toujours se faire actuellement (cela peut
encore exister si les bassins sont trop petits ou s'ils sont mal curés), a pendant longtemps fait augmenter la teneur en matières en suspension dans la Loire (100 à 200 fois supérieure à la normale). C'est la même chose avec l'extraction dans le lit mineur qui ne se fait plus depuis 20 ans.
Cela a créé des disfonctionnements passagers et locaux notamment sur la faune, et surtout sur les poissons. Les branchies de ceux-ci peuvent être abîmées par la présence en trop grande quantité de ces particules fines (lacération
de celle-ci, particules qui restent bloquées dans les branchies et qui ne permettent plus une bonne oxygénation du poisson). La remise en suspension de matière provoquée par l'extraction des
granulats entraîne un déplacement des particules le long du cours d'eau. Ces particules vont se déposer sur le fond à une distance plus ou moins importante du point où on les a arrachées, provoquant un recouvrement du fond et plus précisément du pavage du fond du lit (figure 20). Celui-ci va également provoquer le recouvrement des frayères potentielles des poissons qui sont aussi des lieux de refuge. Si le colmatage est très
important il peut entraîner la mort des invertébrés résident sur le fond. Il y a aussi des conséquences sur la photosynthèse car l'eau devient plus sombre et ralentit celle-ci.
Ces particules en suspension peuvent être à l'origine du colmatage de la connexion entre le cours d'eau et la nappe et donc d'un abaissement du niveau de l'eau comme on le voit dans la zone de Civens et de Cléppé.
On a aussi une modification thermique très importante, puisqu'en été par exemple la température du plan d'eau va augmenter assez vite. Elle sera alors plus élevée que la nappe en amont dont la température varie peu au cours de l'année,
le sol amortissant ses écarts. La température de la nappe en aval sera donc plus élevée et lors des échanges avec le cours d'eau, on assistera à un réchauffement local de la rivière qui pourra
être très néfaste pour des espèces comme la truite, on a aussi l'inverse en hiver. Mais, ce réchauffement de l'eau aura en partie pour conséquence d'accroître le développement de nombreux organismes, de provoquer une eutrophisation du milieu et une baisse de la teneur en oxygène dissous.
Cela explique que les gravières les plus petites connaissent ce type de problèmes dans la plaine du Forez.
La présence d'une gravière aura donc pour conséquence de favoriser certaines espèces plus tolérantes comme le chevaine au détriment d'autre comme la truite.
2.3.3 Nuisances sur le lit et sur l'écoulement du cours d'eau
Les extractions qui pendant longtemps ont été effectuées dans le lit mineur de la Loire ont engendré et engendrent encore des modifications morphodynamiques qui concernent non seulement le site d'extraction mais aussi l'amont et l'aval du site. Il apparaît
donc, dans la plupart des cas, une fosse d'extraction (figure 21), dont les dimensions augmentent en fonction du temps et dont la présence se traduit par un surdimensionnement
de la section d'écoulement. Dans la plaine du Forez, même s'il est difficile de dire où exactement des prélèvements dans le lit mineur ont été réalisés, on pense qu'ils ont été très nombreux. Ainsi dans l'étude de la SOGREHA (1996), la cartographie des anciens sites d'extractions
montre que la zone entre Feurs et Balbigny a été très touchée, même si les exploitations les plus anciennes n'apparaissent pas.
Selon M. Campy et J. J. Macaire (1989), l'abaissement de la ligne d'eau au niveau de la fosse provoque une augmentation de la pente et donc de la vitesse moyenne d'écoulement, ceci augmentant par conséquent la capacité de transport.
Il y a donc une reprise accrue de l'érosion en amont de la fosse, ceci pouvant s'étendre sur plusieurs kilomètres en fonction de la longueur de la fosse. En effet, la force tractrice augmente avec la longueur de la fosse. Il en résulte donc que l'érosion
dont elle est à l'origine en amont de la fosse, augmente-t-elle aussi en fonction de la longueur de cette dernière. Ce phénomène est appelé érosion régressive et se caractérise par un
enfoncement et une déstabilisation du lit et des berges.
En aval de la fosse, on observe un phénomène d'érosion progressive moins important mais tout de même significatif. Après la fosse, le cours d'eau retrouve sa pente naturelle. Il apparaît alors un nouveau déséquilibre entre la capacité
de transport et le débit solide réel puisqu'une partie des matériaux alluvionnaires transportés par le cours d'eau a été piégée au niveau de la fosse. Le réajustement naturel de ces deux paramètres
se traduit par une reprise de l'érosion d'autant plus importante que la capacité de transport initiale était élevée. On peut constater en théorie, selon M. Campy (1989), des coupures de méandres en amont de ces extractions. Mais, dans la zone la plus touchée (entre Cleppé et Balbigny), le
tracé assez rectiligne de la Loire et son enfoncement ne le permettent pas vraiment.
Les conséquences de tout cela sont un enfoncement du lit de la rivière qui est lent mais significatif. Le lit de la Loire, d'après la SOGREHA et comme on le voit sur la figure 6, s'est ainsi enfoncé de un à deux mètres en moyenne et jusqu'à
trois mètres en Haute-Loire. Ainsi, lorsqu'on se promène le long de la Loire, notamment entre Feurs et Balbigny, il n'est pas rare de voir celle-ci couler dans un lit enserrer de par et d'autre par des
berges presque verticales (photographie 20). Leur hauteur est de l'ordre de 1 à 2 mètres.
Comme on le voit sur cette photographie 8, ces berges peuvent être empierrées par l'homme pour maintenir leur stabilité. Et dans les propositions qui sont faites par la SOGREHA (voir annexe 2), il y en a beaucoup qui concernent les berges et leur protection.
Car, cet enfoncement du lit de la Loire a petit à petit déstabilisé les berges. Cette fragilité est amplifiée lors des crues de la Loire qui peuvent ainsi emporter des matériaux
assez facilement mobilisables.
Cependant ce phénomène est quelque peu limité par la présence de nombreuses gravières en eau qui sont souvent protégées de la Loire par des empierrements comme c'est le cas sur celle du lieu dit de L'Ile sur la commune de Cleppé.
On assiste aussi en parallèle à un abaissement de la nappe phréatique qui peut avoir des conséquences désastreuses sur l'agriculture.
Dans la plaine du Forez, ce phénomène se traduit aussi et surtout par des affleurements des marnes et des argiles du substratum (photographie 15).
Les prélèvements provoquent ainsi une érosion du plancher du lit du fleuve. De plus, comme c'est le cas dans la plaine du Forez, les cours d'eau qui sont aménagés contre les crues ou contre l'érosion des berges (ceci par un enrochement de ces
rives qui oblige le fleuve à éroder encore plus son fond), sont encore plus touchés par ce phénomène. La présence d'un barrage comme celui de Grangent qui bloque les sédiments en
amont, accentue aussi cette érosion.
Actuellement, la Loire coule, pour une partie importante de son cours, sur le toit des formations tertiaires. Parfois, l'affleurement d'un banc gréseux se traduit par un seuil. Ailleurs, l'affleurement des marnes et argiles se présente sous forme de vastes dalles
régulières, dans lesquelles commence à s'encaisser le fleuve. Les cas les plus importants se situent dans le secteur entre Montrond-les-Bains et Feurs.
Ces phénomènes remontant à quelques décennies seulement, les formes d'érosion observées traduisent clairement une évolution rapide (crue de Novembre 1994 : volumes de marnes emportés de plusieurs milliers de m³) qui pourrait
assez rapidement devenir inquiétante (modification des pentes d'équilibre du fleuve, modalités et rythmes d'évolution inconnus, développement d'un substrat biologiquement médiocre…), même si
ces phénomènes restent encore ponctuels.
On peut aussi avoir des problèmes au niveau des piles des ponts, à cause du surcreusement à leur base. Ainsi sur la Loire, une pile du pont Wilson s'est écroulée à Tours en avril 1978, et trois ponts ont dû être consolidés depuis.
Cet enfoncement du lit de la Loire et la présence de nombreuses gravières en eau ont des conséquences sur le niveau de la nappe. Ainsi, à partir des différentes mesures réalisées ces dernières années par la SOGREHA et par les
services de l'état, on s'aperçoit qu'à proximité de la Loire la nappe s'est rabattue. Suivant les endroits, celui-ci est de l'ordre de 50 cm et il peut dépasser le mètre dans les zones les plus touchées par
les enfoncements du lit. En effet, lorsque la Loire s'enfonce la nappe qui l'alimente, a tendance à la suivre. Mais, heureusement plus on s'éloigne du cours de la Loire plus le rabattement est limité.
Cette baisse du niveau de la nappe entraîne des disfonctionnement dans la végétation des berges de la Loire, en asséchant des zones humides.
Il y a aussi le problème des captures des gravières par la Loire lors des crues. C'est ainsi qu'entre Montrond-les-Bains et Feurs (notamment près de l'écopôle du Forez) plusieurs gravières ont été reprises par la Loire, provoquant
un fort élargissement du lit du fleuve. A d'autres endroits la situation de ces gravières laisse à penser qu'elles pourraient être capturées par la Loire lors d'une crue. C'est par exemple le cas de la gravière
de Balbigny (photographie 16) qui est située dans un méandre de la Loire et qui même avec ses buttes de terre de protection n'est pas à l'abri des crues de la Loire. C'est d'autant plus prévisible que selon certaines personnes, cette boucle pourrait être un jour coupée par la Loire.
L'abaissement de la ligne d'eau tend à favoriser une certaine érosion régressive et donc à aggraver l'érosion du fond vers l'amont. Et ce changement du cours de la Loire a aussi des conséquences sur la faune et la flore qui change radicalement
après la capture d'une ou plusieurs gravières. De plus, la baisse de l'épaisseur de la tranche d'eau va favoriser le réchauffement de celle-ci en été. Mais, on peut alors se poser la question
de savoir si ces changements ne vont pas dans le sens d'une meilleure biodiversité même si on perd un certain aspect " naturel " du milieu. Tout le problème est là.
Les espèces comme les poissons chats et les poissons blancs (carpes, brèmes…) sont ainsi favorisées par tous ces changements dans le lit de la Loire, au dépend des carnassiers (brochets, sandres) et des truites. Cela est très palpable, lorsqu'on
interroge des pêcheurs, il y a ainsi de plus en plus de poissons chats qui sont pris au dépend des autres poissons.
On a donc vu que l'extraction des granulats alluvionnaires, aussi bien actuellement dans le lit majeur que dans le lit mineur, il y a une vingtaine d'années, avaient des conséquences très variées sur l'écosystème fluvial.
On a d'abord des conséquences sur l'écoulement de la nappe alluviale et sur ces échanges avec le fleuve. Il y a des conséquences aussi sur la nature physico-chimique de l'eau et de la nappe et sur la faune et la flore qui y habitent. Mais les conséquences
les plus visibles dans la plaine du Forez sont sans doute le surcreusement du lit de la Loire et l'affleurement de marnes et d'argiles. Il y a aussi les captures des gravières par la
Loire.
Il faut aussi parler des conséquences sur les îles que l'abaissement du lit de la Loire entraîne. En effet, alors que celles-ci étaient régulièrement envahies par les eaux, elles ne le sont plus que par les crues. Les îles se végétalisent
donc de plus en plus et deviennent pérennes. Ainsi les îles de la Loire près de l'écopôle du Forez, ont été végétalisées avec notamment la plantation de nombreux arbres.
On a donc un cours de la Loire qui a subi et subit encore de nombreuses agressions. Le lit s'est ainsi enfoncé en un siècle, de plus d'un mètre, mettant à jour le substratum Tertiaire dans de nombreuses zones. Le lit d'en d'autres endroits s'est élargi
par la capture d'anciennes gravières. Tout cela a fortement déstabilisé les berges de la Loire dans la plaine du Forez. Cependant, il est à noter que le cours de la Loire lors de ces
trente dernières années n'a pas connu de divagations très importantes comme il s'en est produit au 18 et au 19ème siècles. Et cela même si plusieurs boucles de la Loire comme celle de Balbigny sont menacées de se retrouver coupées. Il est vrai que les protections contre les crues qui ont été
mis en place aux 18 et 19ème siècle, comme les levées de terre ou plus récemment les digues de protection pour les gravières et
l'enfoncement du lit de la Loire, ne favorisent par vraiment les phénomènes de divagation du cours de la Loire. Et cela d'autant plus que les terrains proches du cours sont très riches et que des cultures très importantes y sont réalisées, souvent avec une grande part d'irrigation en été.
De plus, il ne faut pas négliger les nuisances créées par les passages de très nombreux camions dans un sens puis dans l'autre et par les engins de terrassements et de creusage sur le site même. On a donc d'abord des nuisances d'ordre sonores qui
durent toute la journée dans des zones souvent faiblement habitées mais cela n'empêche pas des villages comme Chambéon de les subir. Il y a aussi le fait que ces camions
puissent être dangereux pour les piétons (surtout pour les enfants) qui doivent traverser les rues ou les routes empreintées par ceux-ci. Et enfin il y a des nuisances olfactives causées par les pots d'échappement des camions et les dépôts de poussières et de sables provenant du chargement des
camions.
En conclusion, on peut dire que la réglementation sur l'extraction des granulats alluvionnaires a beaucoup évolué depuis 30 ans. Avec la prise en considération des conséquences sur l'environnement que de telles installations créaient, les pouvoirs
publics ont mis en place des lois de plus en plus strictes et claires dans leurs objectifs. Ils ont ainsi interdit l'extraction dans le lit mineur des fleuves et obligé les sociétés exploitantes à
réaliser des études d'impact avant tout commencement des travaux. Et depuis le début des années 90, les demandes s'accompagnent d'un dossier où doit figurer les conséquences sur l'environnement d'une telle extraction et les moyens qui seront mis en œuvre lors de la réhabilitation du site.
L'exemple du site de Morillon Corvol à Chambéon montre qu'on peut essayer de faire quelque chose pour que les extractions ne se fassent pas au détriment total du milieu naturel, et cela en essayant de faire le moins de dégâts possible. Mais il ne
faut pas se voiler la face, le but du jeu des industriels reste d'extraire des matériaux avec un coût de revient le plus bas possible. Il est vrai que les extractions ont pendant longtemps eu
des conséquences assez importantes sur la nappe, sur l'écoulement, sur la nature physico-chimique de l'eau et sur la faune et la Flore. Mais il faut aussi dire qu'en créant de nombreux disfonctionnements (enfoncement du lit, captures de gravières…), il y a un renouvellement de la faune et de la flore. Et
très souvent la reconquête amène une diversification des espèces beaucoup plus importante que précédemment comme on le
verra dans la troisième partie.
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